• Le geste théâtral contemporain

    JEAN-FREDERIC CHEVALLIER

    Article publié dans la revue Frictions n° 10, Paris, Automne-Hiver 2006. pp. 38-45.

    Revue publiée avec le concours du Centre National du Livre. ISSN: 1928-5724

     

    Le geste théâtral contemporain

     

    Quelque chose est en train de changer, pour le moins partiellement, dans la manière de pratiquer le théâtre, d’en faire comme d’en voir. La représentation d’une histoire fictive, le conflit entre personnages et le déroulement destinal qu’implique ce dernier n’intéressent plus autant ni la salle, ni la scène. L’attention s’attache davantage à ce qui, derrière l’histoire, les personnages et le conflit, semble poindre.[1] On peut en venir à se demander si le vocable utilisé jusqu’alors pour définir le théâtre (le drame et sa représentation) permet encore de parler de théâtre… Ce que cherche à atteindre le geste théâtral contemporain (j’expliciterai plus avant les possibles sens de cette expression), ce n’est plus tant un jeu d’acteur crédible et réaliste mais plutôt une présence et un présenter (de ce même acteur) « authentiques »[2]. Le regard du spectateur se porte prioritairement sur ce qui s’expose, sur ce qui a lieu ici et maintenant, sur ce qui s’offre (au regard justement) dans le présent de l’acte de l’offrir. Ce dont il s’agit dans la présentation, c’est bien sûr de présence, cependant, celle-ci ne s’épuise pas dans la présentation : ce qu’est la présence est non seulement impropre à la représentation mais est aussi à la merci des dispositions perceptives de celui qui assiste à l’entrée en scène du paraître. Autrement dit, le présenter privilégie l’évènement, et la manifestation de la présence, c’est l’apparaître : ce qui nous apparaît à nous qui regardons, ici et maintenant.

     

    Le questionnement pourrait être alors celui-ci : comment parler, depuis différentes perspectives, du pourquoi et du comment d’un théâtre que la représentation désintéresse (d’autres arts la réalisent avec davantage d’efficacité et permettent au public d’y mieux participer) et qui se consacre de manière privilégiée à la présentation ?

     


    [1] On demandera des preuves, des chiffres même. Du point de vue de la pratique, il est frappant de constater par exemple que, dans la programmation du Festival d’Avignon 2005, n’apparaissent que douze spectacles de « théâtre » (sur un total de cinquante-quatre productions). Vingt-deux travaux appartiennent à des catégories élargies telles que « théâtre-danse-musique », « théâtre-musique-vidéo-arts plastiques », « théâtre-perfomances », etc. Et, vingt productions ne participent pas de la catégorie « théâtre ». Du point de vue de la réflexion théorique, la terminologie change également : il est question d’un « théâtre de la répétition » (Deleuze, 1968), ou d’un « théâtre énergétique » (Jean-François Lyotard, 1973), et plus récemment d’un théâtre de l’exhibition de l’existence (Guénoun, 1997), ou d’un « théâtre postdramatique » (Lehmann, 1999). Pour qualifier cet arrêt de la coïncidence entre le théâtral et le dramatique, nous proposons, quant à nous, d’employer l’expression de théâtre du présenter.

    [2] L’adjectif « authentique » peut faire problème, y compris faire peur. On l’entend ici en un sens heideggérien : est authentique ce qui est en propre. De même qu’un auditeur est capable de dire intuitivement d’un musicien qu’il joue « bien » de son instrument, un spectateur détermine de manière immédiate si le comédien joue « bien » ou « mal » de son corps, autrement dit s’il joue en propre de son corps.

     

    .......

     

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